Catherine II de Russie
Points clés
- Née en 1729 en Allemagne ; épouse le futur tsar Pierre III et se rusifie entièrement
- Renverse son mari Pierre III en juillet 1762 et monte seule sur le trône à 33 ans
- Règne 34 ans (1762-1796), le règne féminin le plus long de l'histoire russe
- Correspondance avec Voltaire, Diderot, Montesquieu ; incarne le despotisme éclairé
- Annexe la Crimée en 1783 et accède aux mers chaudes via deux guerres contre l'Empire ottoman
- Participe aux 3 partages de la Pologne (1772, 1793, 1795) ; agrandit l'Empire de 500 000 km²
- Fonde l'Ermitage ; sa collection forme aujourd'hui le coeur du plus grand musée de Russie
Biographie
Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst naît le 2 mai 1729 à Szczecin (alors Stettin), dans une modeste principauté allemande. Sa mère, ambitieuse et intrigante, l'envoie à la cour de Russie à l'âge de quinze ans pour y épouser le grand-duc Pierre, héritier du trône. La jeune allemande comprend immédiatement l'importance de se russifier : elle apprend la langue russe avec acharnement, se convertit à l'orthodoxie, prend le nom de Catherine et observe méticuleusement les rites de la cour impériale. Cette capacité d'adaptation extraordinaire sera la clé de son destin.
Mariée à Pierre III, homme instable et peu populaire, Catherine souffre d'une union malheureuse mais forge en parallèle un réseau de fidèles à la cour. En juillet 1762, quelques mois après l'avènement de Pierre III, elle renverse son propre mari avec l'appui des gardes du palais — notamment les régiments Izmailovsky et Semenovsky — et monte sur le trône de Russie. Pierre III est arrêté et meurt peu après dans des circonstances obscures. Catherine règne alors seule, à 33 ans, sur l'un des plus grands empires du monde.
Pendant trente-quatre ans, Catherine gouverne avec une intelligence politique redoutable. Influencée par les philosophes des Lumières — elle correspond avec Voltaire, invite Diderot à sa cour, admire Montesquieu — elle se pose en despote éclairée. Elle modernise l'administration, codifie les lois, fonde l'Académie des arts de Saint-Pétersbourg et encourage l'architecture néoclassique. Mais ses réformes sociales restent limitées : la condition des serfs, loin de s'améliorer, se détériore après la révolte de Pougatchev (1773-1774), qu'elle réprime avec une brutalité exemplaire avant de renforcer les pouvoirs des nobles sur leurs paysans.
Sur le plan extérieur, Catherine conduit une politique expansionniste d'envergure. Elle mène deux guerres victorieuses contre l'Empire ottoman (1768-1774 et 1787-1792), annexant la Crimée en 1783 et ouvrant à la Russie l'accès aux mers chaudes du littoral de la mer Noire. Elle participe activement aux trois partages de la Pologne (1772, 1793, 1795), agrandissant considérablement le territoire russe vers l'Ouest. Elle établit également la présence russe en Alaska. Sous son règne, la Russie devient une puissance européenne incontestée.
Catherine II meurt le 17 novembre 1796 à Saint-Pétersbourg, probablement d'un accident vasculaire cérébral. Elle laisse derrière elle un Empire considérablement agrandi, des institutions culturelles durables et la réputation d'être la plus grande souveraine de l'histoire russe. Sa personnalité flamboyante, ses nombreuses liaisons amoureuses et sa passion pour l'art — elle constitue la collection qui forme aujourd'hui l'essentiel du musée de l'Ermitage — ont nourri une légende qui perdure jusqu'à nos jours.