Nouveau : Liste de tous les Premiers Ministres de la Vè République et leur Gouvernement

Japon

Le Japon, caractérisé par un régime féodal jusqu’au milieu du XIXe siècle, a connu depuis un développement d’une intensité et d’une rapidité rares, et fait aujourd’hui partie du « club » des grands pays industrialisés. Cependant, sa croissance, qui inquiétait les pays occidentaux jusque dans les années 80, a depuis « calé » et laissé place à une quasi atonie dont la crise actuelle risque d’exacerber les effets sur les plans économique et social.

1. Des handicaps géographiques majeurs

Couvrant une superficie de 377.000 km² (contre 550.000 pour la France), le Japon est un archipel de l’océan Pacifique nord s’étirant sur 3.000 km de long. Il est composé d’un chapelet d’environ 4.000 îles, dont les quatre principales (Hokkaido, au nord ; Honshu, l’île principale et centrale ; Shikoku, au sud-est ; et Kyushu, au sud) représentent toutefois 99 % du territoire national.

Outre cet étirement et cet éparpillement, le Japon doit composer avec un relief très accidenté ne laissant que peu de place à la plaine. Il est en effet essentiellement formé de chaînes montagneuses (dominées par le Mont Fuji, à 3.776 m d’altitude) et volcaniques, qui représentent 85 % du territoire, et se trouve situé sur une zone de subduction de quatre plaques tectoniques. Cette physionomie très particulière influe directement sur plusieurs de ses traits caractéristiques.

Tout d’abord, la majeure partie de ses 127 millions d’habitants et de son activité est concentrée sur une partie mineure du territoire, entraînant des phénomènes d’urbanisation et de concentration sans équivalent sur la planète. L’axe Tokyo-Kyoto, long d’environ 500 km et parcouru par le train à grande vitesse Shinkansen, était urbanisé de façon ininterrompue (dans la capitale, Tokyo, la densité atteint plus de 5.000 habitants par km²). En résultent des effets indirects dommageables comme, par exemple, un encombrement des axes de transport, une pollution chronique ou un coût particulièrement élevé du foncier et de l’immobilier.

Ensuite, le développement économique ne peut guère être envisagé de façon extensive. Ceci explique la faiblesse du secteur primaire, la superficie cultivable étant inférieure à 78.000 km², soit moins du quart de la superficie totale. Le Japon a donc dû axer son développement sur des activités intensives, économes en espace.

Enfin, le Japon est marqué par une activité sismique intense. Des milliers de secousses telluriques sont ressenties chaque année, dont certaines ont fait plusieurs milliers de victimes (6.437 morts et 43.792 blessés pour le séisme de Kobe en 1995). Par ailleurs, les forts tremblements du plancher sous-marin génèrent des raz-de-marée, ou tsunamis. De puissants typhons peuvent également survenir à certaines saisons. Ces données
naturelles impliquent des contraintes importantes en termes de construction, d’urbanisme et de transport.

2. Le poids de l'histoire et ses traditions

Tant l’histoire du Japon que la spécificité de son univers symbolique expliquent un relatif isolement à l’égard d’un monde occidental, avec lequel il partage cependant de nombreux traits communs.

Le Japon a longtemps été régi par un système féodal, et connaît encore un régime impérial (il reste même le dernier pays au monde à vivre officiellement sous un régime impérial). Si les empereurs étaient les dirigeants symboliques, le véritable pouvoir était le plus souvent tenu par les puissants nobles de la Cour, régents ou shoguns. Cette organisation politique s’est longtemps doublée d’un repli du pays sur son insularité, jusqu’à ce que les Etats-Unis le forcent à s’ouvrir à l’Occident au milieu du XIXe siècle et que la restauration Meiji (dynastie sous laquelle continue de vivre le Japon) de 1868 mette en oeuvre de nombreuses réformes.

Il résulte aujourd’hui de ce développement autocentré une propension du Japon à faire preuve d’un certain protectionnisme dans ses stratégies économique et commerciale. Le taux d’ouverture du Japon est ainsi d’environ 10 % (contre plus de 30 % pour la France), ses importations étant très largement inférieures à ses exportations. L’utilisation de la monnaie nationale (le yen) par la banque centrale japonaise, ou encore l’usage de sa sur-épargne pour financer la dette publique des Etats-Unis tout en restant assez fermé aux fonds étrangers, témoignent également de ce repli. Celui-ci est inattendu pour un pays relativement « petit » qui, en tant que tel, devrait normalement être plus ouvert que la moyenne aux échanges pour compenser l’exiguïté de son marché intérieur.

L’univers symbolique du Japon et la sociologie des comportements renforcent l’aspect d’isolement que l’histoire du pays a façonné. La langue japonaise, radicalement différente des langues occidentales, peut constituer un obstacle aux échanges, surtout dans la mesure où, comme a pu le constater la délégation, l’anglais est très peu parlé au Japon, y compris parmi les catégories socioprofessionnelles élevées.

Par ailleurs, la mentalité japonaise est teintée d’un certain conservatisme, en dépit des convulsions profondes qui ont bouleversé, au cours de l’après-guerre, les institutions et les valeurs traditionnelles. Les rapports interindividuels, marqués par une extrême déférence à l’égard d’autrui et un respect exacerbé des convenances, se caractérisent également par une certaine difficulté à communiquer, de l’aveu des japonais eux-mêmes. Les relations hommes-femmes sont rendues problématiques par la crainte de l’autre, laquelle incite également de nombreux jeunes à se replier sur le monde virtuel du numérique. Enfin, si le sens absolu du devoir du salarié japonais vis-à-vis de son entreprise, ainsi que le respect de la hiérarchie élevé au rang de vertu, peuvent constituer un avantage, ils sont également sources de faiblesse dans une société moderne où, de plus en plus, l’esprit d’initiative et d’adaptation sont valorisés dans le champ économique.

En contrepoint, la société japonaise –en apparence du moins, si l’on songe à l’existence d’importants groupes de criminalité organisée, les fameux yakuza– semble étrangère à toute violence. Les relations interpersonnelles sont marquées par une extrême politesse et par un profond respect d’autrui. Et le taux de délits est un des plus bas au monde. Ainsi, malgré la récession économique et la montée du chômage, le nombre d’affaires traitées par la police japonaise a diminué de 4,7 % en 2008 par rapport à l’année précédente, soit la sixième année consécutive de baisse. Il en résulte un réel sentiment de sécurité, à toute heure et en tout lieu.

3. Une démographie marquée par le vieillissement

Le Japon connaît un vieillissement accéléré de sa population, dont les conséquences économiques et sociales sont extrêmement préoccupantes.

Le pays est le champion du monde de la longévité. Il compte plus de 35.000 centenaires, une population dont le taux augmente de 13 % tous les ans. L’espérance de vie est, en moyenne, de quatre ans plus élevée que celles des européens ou des américains avec 86 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes (contre respectivement 84,5 et 77,6 ans en France). Avec un taux de fécondité de 1,34 enfant par femme (contre 2,02 en France), le pays se situe largement sous le seuil de renouvellement des générations.

Ainsi, la population japonaise décroît. En 2050, si le taux de natalité reste le même, les personnes de plus de 60 ans en représenteront 30 %. En déclin pour la première fois en 2005, la population continuera de se contracter pour passer au milieu du siècle sous la barre des 100 millions d’habitants. Rapporté à la population active, en déclin depuis 1997, cela devrait représenter 30 millions de salariés en moins, alors que parallèlement le nombre de personnes âgées aura presque doublé.

Les pouvoirs publics ont tenté, ces dernières années, de mettre en place des politiques natalistes, mais sans guère de succès. Par ailleurs, et dans le droit fil des principes isolationnistes déjà évoqués, l’absence de politique d’immigration empêche toute compensation extérieure à cet égard.

Ce choc démographique représente un défi pour les finances publiques, le ratio de dette publique rapporté au PIB ayant doublé durant la dernière décennie. Ainsi, les dépenses liées à la demande de soins devraient très fortement augmenter (une hausse de 2,8 % est ainsi anticipée pour l’ensemble de la population entre 2006 et 2025, et de 4,5 % pour les personnes âgées), tandis que les recettes fiscales se réduiront du fait de la baisse de la population active. Le Gouvernement a commencé à prendre des mesures, comme la réduction d’un cinquième du niveau des pensions des retraités de la fonction publique prévue dans la réforme des retraites de 2000.

Ce choc devrait par ailleurs entraîner une réduction de la croissance dans une proportion de 20 %, d’après une modélisation du Fonds monétaire international (FMI) calculée par rapport à une population constante. Entre 2025 et 2075, cela devrait représenter un demi-point de croissance perdu chaque année du fait de la contraction de la main d’oeuvre et de la dégradation de sa compétitivité.

D'après le rapport d'information du Sénat sur le Japon, daté du 1er avril 2009.


© 2014 - www.sport-histoire.fr - Tous droits réservés - Liens - XHTML 1.0 - CSS 3 - Envie d'un thé ou d'un café ? - Développeur web Angers
http://www.sport-histoire.fr